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Un tiers des Français ont puisé dans leur épargne pour tenir leur budget

Une étude réalisée pour XTB France par TGM Research mesure les arbitrages opérés par les ménages en cette rentrée. Le chiffre qui intéresse le patrimoine tient en une ligne : 33,4 % des Français ont pris sur leur épargne au cours des douze derniers mois.
 

L’épargne de précaution sert précisément à cela, et il n’y a rien d’anormal à la voir jouer son rôle. Ce qui interpelle, c’est la place qu’elle occupe dans la liste des arbitrages. Puiser dans ses réserves arrive au même niveau que réduire ses dépenses alimentaires, cité par 33,1 % des répondants, et juste derrière la coupe dans les loisirs, choisie par 51,9 %.
 

Le sentiment d’ensemble est sans ambiguïté : 82,1 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a diminué au cours des douze derniers mois. Et la pression ne se relâche pas dans leur esprit, puisque 79,2 % citent la hausse des prix parmi leurs principales préoccupations pour la fin de l’année, loin devant les décisions budgétaires du gouvernement, mentionnées par 48,2 %, et les tensions internationales, par 38,4 %.
 

Les projets sautent avant l’épargne
Deux réponses de l’étude décrivent un mécanisme de renoncement en deux temps. D’abord le report : 21,7 % des personnes interrogées ont différé un projet important. Puis l’abandon : 18,4 % y ont carrément renoncé. L’écart entre ces deux chiffres est faible, ce qui suggère qu’un projet reporté dans ce contexte a de bonnes chances de ne jamais revenir.
 

Le report touche aussi les décisions patrimoniales elles-mêmes. Près d’un Français sur deux, 44,7 %, déclare avoir différé au moins une décision concernant son épargne ou ses investissements au cours des douze derniers mois. Ouverture d’un plan d’épargne retraite (PER), arbitrage d’un contrat d’assurance vie, mise en place d’un versement programmé : ces gestes se remettent facilement à plus tard, puisque rien ne se passe le lendemain si on ne les fait pas.
 

La hiérarchie des sacrifices est elle aussi instructive. Les loisirs partent en premier, avec 51,9 % de renoncements, parce qu’ils se coupent sans négociation avec personne. L’alimentation suit de près, à 33,1 %, ce qui en dit long sur l’ampleur de la contrainte pour une partie des ménages. L’épargne, elle, se situe exactement au même niveau, à 33,4 %, alors qu’elle devrait théoriquement servir de variable d’ajustement avant la nourriture.
 

Le coût invisible de l’attentisme
C’est précisément là que le raisonnement budgétaire de court terme se retourne contre l’épargnant. Reporter d’un an la mise en place d’un versement mensuel de 150 euros, c’est renoncer à 1 800 euros de capital et aux intérêts qu’il aurait produits pendant toute la durée restante du placement. Sur un horizon de vingt ans, l’année perdue au départ pèse davantage que n’importe quelle année suivante.
 

Le même arbitrage se pose sur la fiscalité. Un versement sur un plan d’épargne retraite ouvre droit à une déduction du revenu imposable dans la limite du plafond annuel, et ce plafond non utilisé n’est reportable que sur trois ans. L’épargnant qui suspend ses versements deux ou trois années de suite ne perd pas seulement du rendement, il perd aussi un droit fiscal qui ne se rattrape pas.
 

Il existe pourtant une réponse intermédiaire entre continuer comme avant et tout arrêter : réduire le montant sans interrompre le versement. Un prélèvement programmé ramené de 200 à 50 euros conserve l’automatisme, entretient l’habitude et évite la décision de reprise, qui est souvent celle qui ne vient jamais. Les contrats d’assurance vie et les plans d’épargne retraite permettent tous de modifier un versement programmé à la baisse, gratuitement et en quelques clics.
 

Reste que ces pourcentages agrègent des situations très différentes. Le ménage qui pioche 400 euros dans son livret A pour absorber une facture d’énergie ne fait pas le même arbitrage que celui qui repousse l’ouverture d’un contrat parce qu’il attend d’y voir clair sur le budget de l’État. Le premier subit, le second attend.
Le second cas est le plus intéressant pour un conseiller. L’incertitude budgétaire française, citée par 48,2 % des répondants parmi leurs préoccupations, produit un effet paradoxal : elle pousse à ne rien faire au moment précis où certains dispositifs pourraient évoluer. Or le report d’une décision d’épargne n’est jamais neutre fiscalement, puisqu’une année civile écoulée est une année de plafond, d’abattement ou d’antériorité de contrat qui ne se rattrape pas.
Et l’attente, à 2,50 % de taux de dépôt et 4 % d’obligations souveraines, n’a jamais été aussi coûteuse.
 


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