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Actionnariat des managers : un outil de fidélisation… mais encore réservé à une élite

Ouvrir le capital aux dirigeants n’est plus un simple symbole : c’est devenu un levier de gouvernance, de rétention et d’alignement d’intérêts. Pourtant, en France, l’actionnariat managérial reste très concentré. Selon une enquête commandée par la Banque Transatlantique, seuls 8 % des managers bénéficient d’un dispositif dédié, malgré un marché de l’emploi où l’alignement « long terme » devient un argument de recrutement autant qu’un outil de fidélisation.
 

Quatre outils, quatre logiques
Dans la pratique, quatre dispositifs dominent : les attributions gratuites d’actions, les stock-options, les BSPCE et l’actionnariat direct. Les actions gratuites et les stock-options visent l’alignement à long terme : le gain se matérialise au fil du temps, généralement sous condition de présence, et dépend de la performance de l’entreprise (cours ou valeur). 

 

Les BSPCE ciblent surtout les start-up et les profils clés : ils offrent une option d’achat dans un cadre spécifique, souvent utilisé pour attirer des talents, notamment lorsqu’une entreprise n’a pas encore la puissance de feu salariale d’un grand groupe.
 

L’actionnariat direct, enfin, est le plus « lisible » : le manager achète des titres, devient actionnaire à part entière, et assume la même exposition que les autres. C’est aussi celui qui demande l’effort financier le plus immédiat, et donc celui qui creuse potentiellement les écarts d’accès entre managers. Dans tous les cas, un point revient : l’actionnariat transforme une partie de la rémunération en risque. Cela peut être puissant, mais cela exige une pédagogie solide et une transparence sur les règles de liquidité et de sortie.
 

Une demande forte, des freins très concrets
L’enquête montre que les attentes existent : 69 % des répondants estiment que l’actionnariat est un levier de fidélisation, 61 % qu’il renforce l’engagement, et 56 % qu’il améliore la motivation. Autrement dit, l’idée convainc. Mais l’adoption reste limitée, et les freins sont d’abord pratiques. Le premier est financier : pour 40 %, l’absence de ressources pour investir constitue un obstacle. Cela renvoie à une réalité simple : demander à un manager de mettre au capital une somme significative n’est pas neutre pour un budget, surtout avec des contraintes personnelles ou immobilières.
 

Le deuxième frein est juridique et fiscal : 35 % jugent les dispositifs trop complexes. Entre les conditions d’éligibilité, les calendriers, les clauses de sortie et les règles fiscales, l’actionnariat peut vite ressembler à un « contrat technique » difficile à s’approprier. Le troisième frein est culturel : pour 34 %, la culture d’entreprise n’est pas alignée avec cet outil. En creux, l’actionnariat managérial fonctionne comme un révélateur : il dit la relation au risque, la transparence sur la création de valeur et la capacité de l’entreprise à partager la performance.
 

Un outil d’alignement… et un risque de concentration patrimoniale
L’actionnariat managérial est souvent présenté comme un alignement d’intérêts : le manager pense comme un actionnaire. C’est vrai, mais incomplet. Du côté du manager, concentrer une part croissante de son patrimoine sur l’entreprise qui l’emploie crée un risque spécifique : le risque « double peine » en cas de crise, puisqu’une baisse de valeur peut s’accompagner d’une perte de revenu. Cette dimension est rarement discutée en amont alors qu’elle conditionne l’acceptabilité du dispositif, surtout pour des cadres qui ne disposent pas d’un patrimoine financier déjà diversifié.
 

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles l’outil demeure réservé aux cadres les plus rémunérés ou les plus proches du pouvoir : ils peuvent absorber le risque, et ils disposent parfois d’une meilleure capacité de diversification.
 

Vers une démocratisation ? Les conditions de réussite
Le texte suggère que la démocratisation suppose trois conditions. D’abord, simplifier l’accès – en pédagogie comme en mécanismes. Ensuite, rendre l’effort financier soutenable, par exemple via des plans progressifs ou des conditions de décote, sans dégrader l’équilibre de gouvernance. Enfin, clarifier la promesse : l’actionnariat n’est pas une prime, c’est une prise de risque potentiellement rémunérée, donc un contrat moral entre l’entreprise et ses managers. Pour les directions RH et les conseillers, l’enjeu est de transformer ces dispositifs en stratégie : définir les populations cibles, les critères, l’horizon, et articuler l’ensemble avec l’épargne salariale et la rémunération.
 

Au fond, l’actionnariat managérial n’est ni un gadget ni une martingale : c’est un outil de gouvernance. Bien conçu, il aligne et fidélise ; mal conçu, il frustre ou crée des risques de concentration patrimoniale. C’est cette qualité de design, plus que le choix du « véhicule », qui explique pourquoi certains dispositifs deviennent des marqueurs d’entreprise.
 

Source : Enquête Banque Transatlantique / Cercle Magellan / OpinionWay, février 2026.
 


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